Biographie de Sidi Bemol

 

Sidi Bémol, Afya

Sidi Bémol, Afya

Âfya est le 9ème album de Sidi Bemol.

Oui… Sidi Bemol… tout simplement, mettant de côté le titre honorifique de « Cheikh ». Toujours humble et charismatique, Sidi Bemol, qui a maintenant des cheveux gris, n’a pas perdu son ironie corrosive, son esprit
bouillonnant, ni son oeil pétillant, mais il a choisi d’intituler son nouvel album Âfya, qui en algérien signifie sérénité, paix, élévation, chaleur, lumière …
« Paix est mon idéologie ; Claires sont mes intentions… » (Âfya 1)

Sidi Bemol a toujours eu cette particularité de savoir naviguer entre tradition et contemporanéité, c’est ce qui fait sa richesse, c’est ce qui enchante son public fidèle.

Musique d’aujourd’hui, forcément de par ses nouvelles compositions (Essala, Nekkni …), Sidi Bemol ne cessant de créer, d’écrire, de composer, d’observer le monde qui l’entoure. Mais aussi de par le choix des musiciens qui l’accompagnent, une jeune génération montante : Damien Fleau, Clement Janinet, Benoit Medrykowski, Maxime Fleau et Jean Rollet-Gérard, ayant quelques points en commun : être sorti de l’Ecole Didier Lockwood, être frère, ami, voguer sur plusieurs genres musicaux (jazz, world, électro, rock, musiques de films…) et être doté de ce talent et cette fougue qu’ils mettent au service de la musique de Sidi Bemol depuis deux ans.

Hocine Boukella (guitare-chant), Damien Fleau (saxophones), Maxime Fleau (batterie), Clément Janinet (violon), Jean Rollet-Gerard (basse), Benoit Medrykowski (guitare)

Hocine Boukella (guitare-chant), Damien Fleau (saxophones), Maxime Fleau (batterie), Clément Janinet (violon), Jean Rollet-Gerard (basse), Benoit Medrykowski (guitare)

Musique qui n’oublie pas ses chants et rythmes traditionnels, ceux des racines mais aussi de l’intemporalité et ceux des grands Maîtres… On s’arrête alors sur la superbe adaptation de la chanson The Face of Love (The Face of Love © 2014 Womad Music Ltd / BMG VM Music / Robbins Eggs Music avec l’aimable autorisation de EMI Music Publishing France) issue de la collaboration entre Nusrat Fateh Ali Khan, David Robbins et Tim Robbins pour le film « Dead Man Walking »

Et puis, Sidi Bemol, le troubadour, l’explorateur du monde, qui continue d’esquisser un paysage musical aux sillons multiples, poussant toujours plus loin sa quête d’autres sources, l’amenant en Inde, en passant par la Turquie (Oylum), et les pays de l’Est (Viraj). Il dessine le croisement des chemins, qu’ils soient musicaux, culturels, spirituels. Le dénominateur commun est peint et dépeint : l’ouverture sur le monde… l’ouverture d’esprit…

C’est ainsi qu’à Alger lors du festival « Gitans Origines », en février 2012, une rencontre artistique, tout aussi improbable qu’évidente, naît sur scène entre Sidi Bemol accompagné de son quintet et le groupe Dhoad Gitans du Rajasthan, d’où va découler l’envie commune de prolonger la route ensemble sur scène et sur CD. Plusieurs titres (Afya 1 et 2, Jnuni, Saâ) nous embarquent pour un nouveau voyage musical à la croisée des cultures maghrébines et indiennes. Une rencontre avant tout musicale et humaine… mais qui naturellement et finalement, prend un autre sens, plus profond… un clin d’oeil de cet ancien sans papiers algérien rendant hommage à ces vagabonds du monde : les apatrides.

Hocine Boukella et Eric Rakotoarivony

Hocine Boukella et Eric Rakotoarivony

« Vagabond du Monde loin des miens, le coeur en peine
Le temps m’a pris dans son jeu et mes cartes sont mauvaises » (Abrid At Yejjar)

Sidi Bemol ne rappelle pas seulement que l’exil rime avec douleur, mais qu’il existe aussi ceux qui sont rejetés en bloc et trop souvent pointés du doigt comme les Roms..
« Sommes-nous empoisonnés ? Chacun s’isole, personne n’est confiant.
Quand le frère a un problème on l’enfonce un peu plus, on le dépouille.
Le Monde va à sa perte, Il est usé, abîmé, c’est la fin des temps,
Les gens deviennent bizarres et multiplient les dérives, les savants sont stupéfaits… » (Saâ)

Il parle aussi de ceux qui s’en remettent à une présence divine, à une croyance qui n’est pas uniquement et seulement religieuse, mais tout simplement… une façon d’aller chercher à l’intérieur de soi ce que l’on ne trouve pas à l’extérieur, car avant tout, on s’adresse à soi-même, afin de révéler les ressorts qui sont en nous.

Par de-là, les compositions, les écrits, la pensée, une voie profonde s’élève, la voix du coeur, celui de Hocine Boukella. Un homme, tout simplement, qui croit en l’amour : c’est fondamental, seul l’amour permet d’accepter les autres malgré leur différence, c’est la seule façon de vivre ensemble en paix.

Hocine Boukella, Khliff Miziallaoua et Eric Rakotoarivony

Hocine Boukella, Khliff Miziallaoua et Eric Rakotoarivony

« L’amour est mon guide quoi qu’il advienne.
Suivons la voie de l’amour, nous atteindrons la sérénité… » (Afya 1)

En 1998, Cheikh Sidi Bémol enregistre un premier disque étonnant de fraîcheur, inclassable par ses sonorités bédouies, blues, traditionnelles et rock, avec la complicité d’artistes qui marqueront la scène musicale algérienne, Youcef Boukella, Kamel Tenfiche et Khliff Miziallaoua (ONB), Amazigh Kateb (Gnawa Diffusion), les frères Laoufi (Gaâda Diwan Béchar), Karim Ziad, Michel Alibo, …

Neuf albums plus tard, Sidi Bémol surprend toujours par la créativité et la diversité de son univers. Du « gourbi rock » des débuts, au « berbéro celtic groove » de l’album « Paris-Alger-Bouzeguène » en passant par les « chants marins kabyles », Sidi Bémol bourlingue, brassant les musiques du Maghreb et du Monde, créant des fusions originales, modernes et authentiques.
Son âme d’explorateur qui musarde, butine, mixe et féconde est peut-être un héritage de l’esprit de Si Mohand Ou Mhand, poète de l’errance et grand barde emblématique de sa Kabylie d’origine. D’ailleurs, Sidi Bémol est aussi un « vagabond » de l’écrit, se jouant des mots et des langues (arabe, kabyle, français, anglais…), dans des textes souvent acides, mais toujours empreints d’humour, de poésie et de tendresse.

Sidi Bémol en concert à Alger

Sidi Bémol en concert à Alger

Alger- Paris.

Dans les années 80, Hocine Boukella (futur Cheikh Sidi Bémol), est un étudiant Algérois qui taquine la guitare et la plume. Musicien, il évolue dans les milieux underground où les musiques maghrébines novatrices sont en gestation ; il est également bédéiste, mais ses planches sont clouées au pilori par une censure frileuse. Bref ! Il vit la galère artistique des jeunes créateurs pris aux rets d’une culture officielle sclérosée. En 1985, il s’offre un recul, loin du microcosme frustrant d’Alger : il débarque à Paris pour … un doctorat en génétique des populations. La quiétude universitaire sera de courte durée.
En 1988, il quitte la science pour se consacrer à l’art. Des expositions de dessins, quelques rares concerts et, surtout, beaucoup de petits boulots sur des chantiers du bâtiment jalonneront cette période de galère artistique parisienne marquée par une expérience éprouvante de plusieurs années « sans papiers », avant d’arriver enfin à… « L’Usine » !

En 1997, Sidi Bémol et des amis musiciens algériens, compagnons de galères, se regroupent en collectif pour louer un local désaffecté qui devient vite un point de ralliement incontournables pour la scène algérienne de Paris, et un laboratoire de création artistique où mûriront de nombreuses expériences musicales comme celles de l’ONB, de Gaâda Diwane de Béchar, et de Sidi Bémol. Le lieu accueille également de plasticiens, des photographes, le site Internet Planet DZ etc. Il est baptisé « LOUZINE » (« l’usine », prononcé à la manière des « chibanis »), clin d’œil à une certaine filiation des exils. Un film témoigne de la vitalité de ce vivier : « Bled Music à l’Usine » (documentaire réalisé par Samia Chala & Sid Ahmed Sémiane en 2007). Pendant 10 ans, Sidi Bémol dirige l’association de artistes de L’Usine tout en menant sa carrière de musicien et de dessinateur. Il organise l’aménagement de studios de répétition et d’enregistrement et oriente l’activité dans le sens de la professionnalisation des artistes, il gère également les rapports délicats entre artistes, les relations fluctuantes avec les institutions municipales et les conflits inévitables avec les propriétaires des locaux.

Sidi Bémol à Alger

Sidi Bémol à Alger

En 2007, l’aventure de L’Usine prend fin et Sidi Bémol se consacre pleinement à la musique et au dessin dans le cadre du label qu’il a créé : CSB Productions.

Gourbi rock.

Les trois premiers albums (Cheikh Sidi Bémol, Samarkand 1998 ; El Bandi, CSB prod. 2003 ; Gourbi Rock, CSB prod. 2007) marquent par l’originalité d’un style nouveau dit « gourbi rock », mêlant blues et musiques du terroir (gnawi, berbère, chaâbi, etc.) en une synthèse tonique et bourrée d’humour. C’est la « Sidi Bémol touch ». Elle fait mouche. Son premier concert à Alger en sera une preuve particulièrement émouvante (après un exil de 12 ans) dont témoigne un album live (Bledstock, 2000). Cheikh Sidi Bémol enchaîne les scènes (France, Algérie, Québec, Suède, Espagne, Belgique, Maroc, Tunisie…). En 2008, c’est la consécration à Alger : deux soirées à guichets fermés devant une dizaine de milliers de fans déchaînés, qui s’époumonent en chœur sur ses titres, dont certains sont devenus cultes, de vrais cris de ralliement de la jeunesse algérienne, notamment « El Bandi » (libre adaptation de « Celui a mal tourné » de Brassens) et « Ma kayen walou kima l’amour » (Rien ne vaut l’amour), un hymne libertaire vigoureux que le réalisateur franco-algérien Lyes Salem mit au générique de son film « Mascarades » (UGC-Canal +, 2008).
Ce succès, loin d’enfermer Cheikh Sidi Bémol dans un genre, l’encourage à être lui-même, explorant davantage d’autres synthèses musicales, déjà tentées ou en gestation dans ses albums.

Affiche Izlan Ibahriyen

Affiche Izlan Ibahriyen

Chants marins kabyles.

« Izlan Ibahriyen » (CSB prod. Vol. 1, 2008 et Vol. 2, 2013) revisite l’univers et la culture marins. Comment Cheikh Sidi Bémol pouvait-il rester sourd aux chants de sirène d’un patrimoine universel, transnational et cosmopolite par définition, lui, l’enfant de la mer, le troubadour-trotter ? Il y adapte en kabyle, avec la complicité du poète Ameziane Kezzar, des chants traditionnels glanés aux quatre coins des mers, dont une version remarquable du titre « Le Sillon de Talberg » rendu mythique par Jacques Brel dans le « Port d’Amsterdam ». Ces albums sont un appel du large, dans une Algérie qui peine à assumer sa dimension méditerranéenne ; ils drainent un parfum paillard et libertin qui « secoue les cocotiers » et agite les chevelures des femmes. Au-delà, c’est un hymne au voyage vers l’Autre, vers l’Ailleurs.

Paris-Alger-Bouzeguène.

Bouzeguène, c’est le petit bout de Kabylie dont partit son vieil instituteur de père pour s’installer à Alger. « Paris-Alger-Bouzeguène » sonne comme un « retour » mais il n’en est pas, vraiment un. Ce n’est pas un retour car Cheikh Sidi Bémol est parti sans quitter. Dans cet album, Sidi Bémol expérimente le mixage des musiques celtes et berbères, comme il l’avait déjà fait en 2001, dans le cadre d’une collaboration éphémère avec le groupe Thalweg.

Berbéro Drom.

Sidi Bémol peaufine de nouveaux voyages musicaux qui vont féconder les musiques algériennes au cœur des musiques indiennes, et tziganes. Ce projet, en cours de réalisation, est issu d’une rencontre avec des musiciens d’Europe de l’Est et du Rajasthan lors d’un festival à Alger. Une douzaine de titres seront enregistrés début 2014 et réunis dans un album dédié aux Roms, trop souvent stigmatisés ces derniers temps, et à leur musique généreuse. Ce disque s’intitulera Berbéro Drom.

Salim Aïssa, 2013.

Sidi Bémol